Édito et messages officiels 2026

Éditorial 2026

Laura Longobardi, Laila Alonso Huarte, et Guillaume Noyé

Co-directrices éditoriale et Directeur administratif

Face aux dérives autoritaires, la résistance s’organise

Cette 24e édition du FIFDH se tient dans un contexte marqué par la montée de l’autoritarisme, l’affaiblissement du droit international et le durcissement de la répression dont les civil·es, et plus particulièrement les personnes minorisées, sont les premières victimes.

De part et d’autre de l’Atlantique, aux États-Unis comme en Europe, on assiste à la normalisation de logiques et de discours néofascistes longtemps tenus à distance. À l’échelle mondiale, de l’Iran à la Chine, en passant par d’autres théâtres de guerre et d’exploitation, en RDC, au Soudan, une même dynamique s’impose : militarisation, impérialisme prédateur, répression et restriction des libertés. L’ordre international fondé sur le droit, l’égalité des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes se délite, miné par les ambitions de gouvernements qui contournent ou méprisent les règles communes.

Face à ce chaos organisé, la sidération n’est pas une option. À mesure que les régimes autoritaires progressent, les mouvements de résistance se multiplient, se réinventent et se consolident eux aussi. Dans un contexte de guerre et de recul démocratique globalisé, le FIFDH affirme une ligne claire : l’organisation citoyenne, la mobilisation collective et la solidarité sont des axes de résistance essentiels. S’engager, prendre position, se mobiliser : telle est la ligne portée, avec courage et créativité, par les invité·es de cette 24e édition.

Messages officiels

Tim Enderlin

Ambassadeur, Chef de la Division Paix et Droits de l’homme, DFAE

L’année 2026 s’ouvre sur un monde traversé par des bouleversements profonds. Les équilibres géopolitiques se redessinent, les conflits se multiplient ou se figent, et la sécurité s’impose comme une priorité centrale des agendas politiques. Les droits humains demeurent donc plus que jamais une boussole indispensable. Ils ne sont ni un luxe en temps de crise, ni un frein à la sécurité. Leur respect contribue à prévenir les conflits, à renforcer la confiance entre les sociétés et à construire des paix durables. Face à la polarisation, à la désinformation et à l’érosion du multilatéralisme, il est crucial de rappeler leur caractère universel.

Carrefour diplomatique unique, la Genève internationale incarne la conviction que le dialogue reste possible. Elle demeure un lieu où les tensions du monde peuvent être nommées, débattues et, parfois, dépassées. Le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) s’inscrit pleinement dans cette vocation. À travers le cinéma, les débats et les rencontres, il favorise une compréhension nuancée des enjeux contemporains et contribue à maintenir ouverts des espaces de dialogue, indispensables dans un environnement international en mutation.

Cette capacité à décomplexifier, à écouter et à relier est précieuse pour la Suisse. Fidèle à sa diplomatie des droits humains, elle est, en effet, convaincue que la culture, le débat et la rencontre tels que proposés au FIFDH sont de puissants leviers de transformation.

Thierry Apothéloz

Président du Conseil d’État

Cette 24e édition du FIFDH met en lumière les défis majeurs de notre époque : les dérives autoritaires qui menacent les démocraties, les conflits oubliés qui persistent dans l’indifférence, les violences systémiques qui frappent les plus vulnérables, et la crise climatique qui contraint des millions de personnes à l’exil. Face à ces réalités, le FIFDH refuse la résignation. Il donne la parole aux témoins, aux victimes, aux activistes, aux créateurs et créatrices qui, partout dans le monde, maintiennent vivante l’exigence de justice et de dignité.

Cette programmation résonne avec une acuité particulière pour Genève. Alors que le multilatéralisme traverse une crise profonde et que les institutions internationales voient leurs moyens et leur légitimité contestés, le Festival rappelle pourquoi la Genève internationale demeure indispensable. Il interroge aussi ce qu’elle doit devenir pour continuer à porter, avec crédibilité et courage, les valeurs qui l’ont fondée.

Le cinéma, par sa capacité à documenter, à émouvoir et à mobiliser, est un outil irremplaçable de transformation sociale. Merci au FIFDH de lui offrir, année après année, une tribune à la hauteur des enjeux de notre temps.

Alfonso Gomez

Maire de la Ville de Genève

À l’occasion de la précédente édition du FIFDH, je faisais part, dans ce même message, de ma sidération face à un contexte mondial extrêmement préoccupant. Douze mois plus tard, la situation ne s’est malheureusement guère améliorée : recul des droits démocratiques et particulièrement des droits des femmes et des minorités, montée des extrémismes, désinformation et climatoscepticisme constituent le cocktail peu digeste de ce début d’année.

Face à l’aggravation des crises écologiques, sociales et politiques, la tentation est grande de regarder ailleurs. Pourtant, il n’a jamais été aussi important de revenir au réel. Pour y faire face, imaginer des réponses aux défis qui se posent à nous et définir des moyens d’actions. C’est ce que nous propose cette année encore le FIFDH à travers le regard affuté de nombreux·euses cinéastes et les voix précieuses d’activistes. Loin du flot d’images aseptisées, dirigées ou trafiquées qui inondent nos écrans, le récit audiovisuel redevient un outil de conscience et d’action collective.

C’est une grande chance pour Genève que de pouvoir compter avec un événement aussi essentiel. Bon Festival à toutes et à tous.

Joëlle Bertossa

Conseillère administrative de la Ville de Genève

Si un film, à lui seul, ne peut pas changer le monde, il a le pouvoir de rendre visible ce qui est ignoré ou volontairement dissimulé ; il est capable de donner un visage, une voix et une émotion à des réalités trop souvent réduites à l’abstraction. Il peut fissurer des certitudes, faire naître le doute là où régnait l’indifférence, et offrir un langage commun pour débattre, s’indigner et agir.

À l’heure où de nombreux pays voient leurs démocraties vaciller, où la voix des peuples est étouffée par des répressions sanglantes, il est plus urgent que jamais de développer des moyens de résistance et d’actions collectives.

Dans ce contexte, Genève s’impose comme un lieu essentiel du débat et le FIFDH offre un espace précieux et bienveillant aux citoyennes et citoyens de notre ville pour questionner notre vision du monde et développer nos champs d’action.

En mettant en lumière des initiatives existantes, utiles et essentielles au vivre-ensemble, à la construction et au renforcement de nos démocraties, le FIFDH nous rappelle une exigence fondamentale : celle d’être irréprochables dans nos actions politiques comme dans nos prises de décision individuelles.

Célia Héron

Rédactrice en chef adjointe, Le Temps

Tout le courage du monde 

L’année 2026 n’a pas encore trois mois. Il faut pourtant déjà du courage pour la regarder en face. Via les écrans tactiles sur lesquels nos pupilles n’en finissent plus de chercher la dopamine, son kaléidoscope de violences hypnotise notre regard – et parfois nos consciences. Une valse de pixels dessine l’enlèvement d’un président par un autre, le massacre méthodique de citoyen·nes battant des pavés devenus rouge sang, des masculinistes décomplexés, une tornade orange et peroxydée.

Qu’en faire ? « Comment transformer la rupture en lien, la colère en action et faire du refus un point de départ ? », s’interroge ces jours le FIFDH. Sa sélection donne autant de réponses, et des ailes à nos espoirs timides. De Téhéran à Washington, du Kivu à Buenos Aires, en passant par Gaza ou Kyiv, des actions collectives nous rappellent le sens des mots « droits humains ». Ces derniers n’ont rien d’abstrait. Chaque destin, chaque visage mis en lumière dans les salles obscures, en sont la preuve. Aux quatre coins du monde, une résistance s’organise – et c’est en portant sur elle notre regard que nous pourrons y apporter notre voix. Peut-être le courage, ici, commence-t-il là.

Susanne Wille et Pascal Crittin

Directrice générale de la SSR SRG et Directeur de la RTS

Éclairer le réel, engager le débat

Du 6 au 15 mars 2026, le FIFDH, dont la SSR et la RTS sont fières d’être partenaires, nous invite à une exploration essentielle : celle de notre rapport au réel. Dans un monde où les images défilent et les récits se fragmentent, où la mise en cause de l’ordre mondial, environnemental et technologique bousculent nos certitudes, comment percevons-nous la vérité ? Comment distinguons-nous l’écho du réel de ses déformations ?

Le service public que nous incarnons a cette mission chevillée au corps : éclairer, contextualiser, faire entendre toutes opinions, y compris celles qui sont réduites au silence. Cette vocation est d’autant plus cruciale aujourd’hui, alors même que son financement est sujet à débat. À cet égard, le FIFDH est un phare dans cette quête de sens, un espace indispensable où les débats s’animent, où les émotions se partagent, et où les perspectives s’élargissent.

Cette année, sera encore l’occasion de vous présenter nos coproductions qui incarnent cette exigence, dont notamment en avant-première La Beauté de l’Âne et Laundry, qui nous plongeront dans des récits intimes et universels, ou encore le documentaire de Temps Présent : IA, mon confident mortel, sujet ô combien d’actualité.

Ces films, ces rencontres, ces échanges sont autant de fenêtres ouvertes sur la complexité du vivant, des invitations à ne pas détourner le regard, mais à s’engager.

Excellent Festival à toutes et tous.

Martin Staub

Président de l’Association des communes genevoises (ACG)

Dans certaines régions du monde, les libertés fondamentales sont étouffées avec une violence implacable. Coupées de la possibilité de témoigner des répressions et massacres qu’elles subissent, des populations tentent malgré tout de faire entendre leur voix en passant par des réseaux satellitaires privés. Il est désolant de constater que la vérité en est venue à dépendre d’un service marchand monopolistique.  Ailleurs, des ambitions autoritaires sapent les institutions démocratiques, alimentent le chaos et transforment un pays en une dystopie où vivre, commercer ou simplement exister finit, aussi, par avoir le prix d’une taxe. Un même constat s’impose : lorsque les libertés deviennent conditionnelles ou tarifées, elles cessent d’être des droits.

Les droits humains ne sont ni un produit, ni une monnaie d’échange. Ils ne se négocient pas. Ils constituent le socle indispensable de toute société qui aspire à la dignité, à la justice et à la paix. Dans cet esprit, le FIFDH nous rassemble autour de récits qui éclairent. Il nous invite à réfléchir, à dialoguer, à ouvrir notre cœur pour mieux comprendre celles et ceux qui résistent. Soutenir le FIFDH, c’est refuser l’indifférence et affirmer que la solidarité humaine demeure plus forte que la peur et la censure. Les communes genevoises portent cette conviction. Premier échelon politique du lien social, elles œuvrent chaque jour pour préserver un espace public de proximité, où la tolérance, l’écoute et la confiance restent bien vivantes. 

C’est pourquoi elles soutiennent avec force l’esprit du Festival et les valeurs qu’il incarne.